Interview de Alissa Wenz présidente de l'asso: " Autrement dit"
Par Marc le dimanche, 10 juin 2007, 17:32 - En direct du blog - Lien permanent
Alissa Wenz, présidente de l'association "Autrement dit", qui organise "Une maison de poupées" le 19 Juin à 21 Heures à l'ADEC à accepter de répondre à quelques questions pour mieux nous faire vivre sa passion de l'art et du théâtre... Retrouvez l'interview complet d'Alissa...
Alissa: Ok pas de soucis pour moi…
TRB : Alissa, tu m'as contacté dernièrement car tu organises avec ton association "Autrement dit" un spectacle mi-juin, pourrais-tu te présenter un peu plus, quel est ton parcours ?
Alissa: J’ai 21 ans. J’ai fait un bac L à Saint-Malo, puis une prépa littéraire, et je suis entrée à l’Ecole Normale Supérieure (à Paris) cette année. Je fais ma première année là-bas, et parallèlement, je suis un cursus de cinéma à l’université (Master 1). J’essaie de concilier trois passions : le théâtre, le cinéma et la littérature…
TRB : Qu'est ce qui a forgé chez toi le gout pour le théâtre? J'ai cru comprendre qu"Une maison de poupée" n'est pas ton coup d'essai, mais que tu as déjà participé à quelques pièces....
Alissa: C’est venu très tôt je crois. Au fond, jouer un rôle est un plaisir très enfantin ; ce n’est pas pour rien qu’on emploie ce verbe… Quand on est enfant, on a cette curiosité, et aussi cette audace, qui font du jeu quelque chose de très naturel. Et puis, on se dit que ça vaut le coup d’essayer de cultiver tout ça… C’est au lycée que je me suis intéressée au théâtre de façon plus sérieuse. D’abord en jouant dans Rhinocéros de Ionesco, déjà avec Claire et Cécile. Puis avec une aventure formidable pour nous toutes : avec une quatrième amie, Annaëlle, nous avons écrit, mis en scène et interprété une pièce qui s’appelait Une Soirée chez les Anges, et qu’on a jouée à Saint-Malo. C’était une expérience extraordinaire sur le plan humain : apprendre à créer ensemble, à respecter les idées de chacun tout en apportant son grain de sel. Depuis, j’ai fait d’autres spectacles amateurs, en jouant dans un spectacle de poésie, ou encore, tout récemment, dans Un Mari Idéal d’Oscar Wilde, sur Paris.
TRB: "Autrement-dit", pourquoi avoir créé cette asso? J’ai lu sur le site que son but est : la création, la réalisation, et la promotion de spectacles ou d'oeuvres à caractère culturel et artistique. Pourquoi ne pas avoir rejoint une troupe de comédiens? Besoin de libertés peut-être?
Alissa: Oui, c’est exactement ça : l’idée de départ, c’était d’acquérir une certaine indépendance, de pouvoir monter nos propres projets et de les mener à bien nous-mêmes. Avec Claire et Cécile, on avait déjà fait plusieurs spectacles ensemble, mais toujours en passant par l’intermédiaire d’autres structures. Quand on a eu l’idée de monter Une Maison de Poupée, on s’est dit que c’était l’occasion de monter enfin notre propre association. Il ne nous est même pas venu à l’idée de rejoindre une troupe déjà existante : on voulait surtout se donner les moyens de réaliser des projets qui nous tenaient à cœur.
TRB: Aujourd'hui, "Autrement dit", c'est combien de personnes?
Alissa: Nous avons une quinzaine d’adhérents. Le bureau est composé de quatre membres : la secrétaire, Cécile de Courseulles, la trésorière, Claire Philippe, le vice-président, Simon Perreaux, et je suis présidente. Nous avons aussi un webmaster, Thomas Fouqueray, qui a entièrement conçu notre site. La secrétaire tient à jour les comptes-rendus de nos activités, la trésorière gère les comptes, la présidente anime les réunions… Mais en réalité, nous nous répartissons les tâches en fonction du temps et de la disponibilité de chacun. C’est vraiment un travail d’équipe et nous ne voulons pas cloisonner les rôles au sein de l’association.
TRB: Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez dans la vie de l'association?
Alissa : La plus grosse difficulté, c’est l’éloignement : nous sommes tous dispersés dans plusieurs villes (Rennes, Paris… et même Marseille !) et ce n’est pas toujours facile à gérer au quotidien. Mais en même temps, c’est très stimulant, ça oblige à faire des efforts et à se battre pour tout mener de front. Dans l’ensemble, on arrive à se voir très souvent. Pour le reste, ce ne sont pas vraiment des difficultés, mais plutôt des préoccupations : financières, d’abord, car même si nous n’avons pas de frais démesurés, il y a quand même quelques dépenses qu’il faut compenser, ce qui suppose de chercher des sponsors, des aides diverses.
TRB: Si l'on parlait d' "Une Maison de Poupée", spectacle que tu nous présentes le 19 Juin à 21h à l'ADEC de Rennes....Peux-tu nous présenter brièvement cette pièce?
Alissa: C’est une pièce norvégienne, qui a été écrite en 1879 par Henrik Ibsen. C’est la pièce qui l’a fait connaître, notamment parce qu’on y a vu un coup d’envoi du féminisme ; les mouvements des années 60 l’ont portée aux nues, et aujourd’hui, c’est surtout cet aspect qui est resté dans la mémoire collective. Mais notre idée, c’était justement de sortir de cette étiquette un peu trop réductrice. C’est le récit d’une prise de conscience, et l’on y voit une femme qui idolâtre son mari et qui, progressivement, s’aperçoit que le bonheur et le confort dans lesquels elle se blottit reposent sur une illusion. Mais nous avons voulu éviter de faire de cette femme une simple victime. Ce serait trop simple ! Car la pièce parle surtout de la complexité des relations humaines dans leur ensemble, et des jeux de domination et de manipulation qui peuvent se mettre en place dans toute vie en commun.
TRB: Tu es co-metteur en scène avec Claire Philippe, n'est-ce pas trop difficile d'être à la fois metteur en scène et comédienne ?
Alissa: Ce n’est vraiment pas évident ! Il faut sans cesse veiller à faire la différence entre les deux ; à mettre de côté le regard de metteur en scène dès que l’on se met à jouer. C’est très frustrant car on a l’impression de passer à côté de quelque chose en tant que metteur en scène, de ne pas tout voir…Heureusement, on est une troupe de six comédiens et les autres donnent leur avis sur mes scènes. Et puis, il y a beaucoup de scènes dans lesquelles je ne joue pas !
TRB: Pourquoi avoir choisi de monter cette pièce comme premier spectacle ?
Alissa: Au départ, c’était une idée de Claire et moi. On a eu le coup de foudre pour cette pièce, qui est encore extrêmement juste, plus d’un siècle après son écriture. C’est d’une modernité incroyable ! Ca pointe du doigt des questions universelles : le mensonge quotidien, la mise en scène de soi… Chacun y joue des rôles en permanence, chacun fait semblant. On a l’impression que le masque a remplacé l’être. Inutile de dire qu’au théâtre, cette thématique prend toute son importance…
TRB : Peux-tu nous présenter le personnage central de la pièce, Nora Helmer, qui est interprété par Cécile de Courseulles (En photo ci-contre)...
Alissa: Nora est un personnage extrêmement complexe. A première vue, c’est une femme légère, insouciante, un peu superficielle. En fait, on se rend vite compte que son entourage l’infantilise en permanence ; mais il semble aussi qu’elle se mette elle-même en scène en enfant gâtée, un peu capricieuse. Elle joue sans cesse, avec les autres, avec la vérité. Elle n’hésite pas à mentir. C’est un personnage très ambigu : une « femme poupée » dont on ne sait jamais très bien si ce sont les autres qui la cantonnent à cette image, ou si elle en est elle-même largement responsable.
TRB: Si je devais rencontrer ton personnage, Christine Linde, quels sont les traits de caractère que je ne pourrais pas manquer?
Alissa: Christine, l’amie d’enfance de Nora, apparaît d’abord comme une « confidente » comme il y en a souvent au théâtre : elle semble un peu effacée, c’est Nora qui prend toute la lumière. Mais en réalité, ce n’est pas seulement une femme altruiste qui prête une oreille attentive. Il y a en elle une vraie détermination, qui touche parfois à l’arrivisme. Elle ne connaît pas le confort de Nora ; elle est seule, usée par la vie, et elle doit se débrouiller pour survivre. C’est l’un des personnages qui portent la dimension sociale chère à Ibsen, et rappellent que le monde extérieur n’est pas une « maison de poupée ».
TRB: Pour les internautes Rennais passant sur le site, pourrais-tu dresser un rapide portrait de tous les personnages?
Alissa: Aux côtés de Nora et de Christine, il y a trois personnages masculins. Torvald, le mari de Nora, est un homme entièrement guidé par les conventions, sociales et morales : c’est un être droit et ferme qui semble infantiliser sa femme et peut parfois être très dur. Mais on se rend vite compte que leur relation est plus complexe que cela : les rôles qu’ils tiennent font partie d’un jeu auquel ils participent tous les deux, et en fin de compte, on ne sait pas vraiment qui manipule qui. Le docteur Rank est le meilleur ami de Torvald : c’est un homme attentif et aimable, mais inquiet, torturé, et il introduit la couleur de la mort dans la maison de poupée. Enfin, on a Krogstad, qui apparaît d’abord comme l’oiseau de malheur, le maître-chanteur par qui le scandale arrive. Le sixième personnage est celui de la bonne, auquel nous avons réservé un sort particulier dans notre mise en scène… mais je préfère garder le secret là-dessus !
TRB: Je te laisse ces dernières lignes afin que tu puisses transmettre ta passion du théâtre aux jeunes Rennais qui passent sur toutrennesblog, qu'as-tu envie de leur dire?
Alissa: Eh bien… si je devais faire un éloge, ce ne serait pas celui du théâtre, mais plutôt celui de la curiosité. L’envie de monter un projet, au fond, repose sur la même chose que l’envie d’aller au théâtre : le désir de découvrir quelque chose de nouveau… Je ne voue pas un culte au théâtre, je pense simplement qu’il y a là des occasions de partager de belles expériences, de vivre des choses fortes. Partager un moment avec des spectateurs, c’est quelque chose d’unique, et de tellement vivant… En tout cas, j’espère que notre public ressentira ce plaisir et que la représentation sera l’occasion d’un réel partage !


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